jeudi 26 septembre 2013

V. La Mixité en Paleo-Islam




A. Dans le Coran :

(2:235) : " Et on ne vous reprochera pas de faire, aux femmes, allusion à une proposition de mariage, ou d'en garder secrète l'intention. Dieu sait que vous allez songer à ces femmes. Mais ne leur promettez rien secrètement sauf à leur dire des paroles convenables. Et ne vous décidez au contrat de mariage qu'à l'expiration du délai prescrit. Et sachez que Dieu sait ce qu'il y a dans vos âmes. Prenez donc garde à lui, et sachez aussi que Dieu est pardonneur et plein de mansuétude. "

- Ce verset est une preuve que la mixité n'était pas prohibée dans l'islam primitif car il autorise aux hommes de proposer ou sous-entendre leur désir de se marier à des veuves, même secrètement. 


B. Selon les hadiths :

B-1. Interdiction de s'enfermer en tête-à-tête :

al-Buhkari rapporte que le Prophète a dit : " Le diable incite l'homme et la femme qui s'enferment en tête-à-tête derrière une porte ". Selon ce hadith il est donc prohibé de s'enfermer en tête-à-tête avec une personne du sexe opposé sans nécessité. 

B-2. Le meilleur emplacement dans les mosquées selon le sexe :

Selon Muslim, le Prophète a dit : " Les meilleurs rangs pour les hommes (dans la mosquée) sont les premiers rangs, et les pires sont les derniers ; et les meilleurs rangs pour les femmes (dans la mosquée) sont les derniers rangs et les pires sont les premiers ".

Cependant dans les grandes mosquées, il est admis que les femmes forment des groupes au milieu des hommes. Ainsi, il est permis aux femmes de former des zones de prières autours de la Ka'ba à la Mecque, et celles-ci forment par endroits des groupes de femmes au milieu des hommes. Le but de cette parole était d'éviter que la femme qui prie déconcentre les hommes situés derrière elle pendant la prière commune. Mais à notre époque cela a été poussé à l'extrême en sorte que des compartiments entièrement séparés sont prévus pour les femmes avec des cloisons ou des rideaux entre les deux parties. Cela constintue une innovation. Si il est reconnu que la meilleure place pour une femme est à l'arrière, aucune interdiction formelle de prier à l'avant n'est connu, dans le Coran ou dans les hadiths sains. 
• ibn Jurayj raconte : 

« أخبرني عطاء: إذ منع ابن هشام النساء الطواف مع الرجال، قال: كيف يمنعهن، وقد طاف نساء النبي صلى الله عليه وسلم مع الرجال؟ قلت: أبعد الحجاب أو قبل؟ قال: إي لعمري، لقد أدركته بعد الحجاب. قلت: كيف يخالطن الرجال؟ قال: لم يكن يخالطن، كانت عائشة رضي الله عنها تطوف حجرة من الرجال، لا تخالطهم. »

« Ata m’a raconté que lorsqu’ibn Hicham (un des Emirs de la Mecque) a interdit aux femmes d’accomplir les circumambulations avec les hommes, il lui a dit : "Comment voudrais-tu leur interdire cela, alors que les femmes du Prophète faisaient leurs tours avec les hommes ?" "Etait-ce avant la révélation du verset du hijab (al-Ahzab : 59), lui demandai-je, ou après ?" Il dit : "Certes, par ma vie, j’ai vu cela après la révélation de ce verset !" Je dis : "Comment pouvaient-elles être mêlées aux hommes ?" Il dit : "Elles ne se mêlaient pas aux hommes. Aicha faisait les circumambulations à l’écart des hommes, elle ne se mélangeait pas à eux." »
(al-Bukhari, Pèlerinage.)

Il n'est pas interdit aux femmes de faire leurs tours autour de la Ka'ba avec les hommes, mais il faut éviter les contacts physiques pour le mieux. Le fait que même les épouses du Prophète faisainent leurs parcours au milieu des hommes montre que l'interdiction de la mixité est une innovation postérieure à l'époque du Prophète.

B-3. Le Prophète n'était pas dérangé par la mixité :

B-3.1. Des jeunes filles dansent et chantent devant le prophète Muhammad et abu Bakr :

Aicha dit : "abu Bakr est entré chez moi une fois, alors que deux fillettes parmi les "Ansars" étaient présentes. Elles étaient en train de chanter les actes (de courage et de bravoure) des "Ansars" lors de la bataille de "Bu‘ath" (an 617). Mais elles n’étaient pas de véritables chanteuses. abu Bakr dit alors : « Quoi ? La flûte de Satan dans la maison de l’Envoyé de Dieu ? » C’était le jour de la fête. Le Messager dit alors : « O abu Bakr ! Chaque peuple a sa fête et c’est aujourd’hui la nôtre. » " (al-Bukhari, İdeyn)

B-3.2. Des danseurs dansent dans la Mosquée du Prophète et des femmes observent la chorégraphie :

Aicha rapporte ceci : " Un jour, lorsque des Abyssins étaient venus présenter leurs danse guerrière chez le Messager un jour de fête, je me suis mise à les regarder par-dessus son épaule. Le Prophète se baissa alors un peu et je pus ainsi les observer par-dessus son épaule jusqu’à m’en être ennuyée. Puis je suis rentrée."

Muhammad a fait la course avec Aicha deux fois, une fois à la Mecque, et une seconde fois à Yathrib après la bataille de Badr. (ibn Hicham) 

B-3.3. Le Prophète a interdit d'éloigner les femmes des mosquées : 

Le Prophète a enseigné que les femmes ont leur plein droit à aller prier et faire leurs invocations dans les mosquées et interdit de les en priver. Aicha rapporte cela selon al-Bukhari. Umar envisagea de leur interdire les mosquées mais s'en abstint se souvenant de cette prohibition du Prophète. Néanmoins celui-ci contrevint à la mode moulante (kabati) et la mini-jallaba arrivant à mi-cuisse lancées par des femmes à son époque (634-644). 

B-3.4. Une femme fatiguée peut monter en croupe derrière un homme :

Asma bint abu Bakr a rapporté qu'elle travaillait dans les champs lorsque Zubayr l’avait prise pour épouse, ils n’avaient pas de biens… Elle explique  : " Je pétrissais de la farine, mais je n’étais pas habile à préparer le pain, des voisines, des femmes des Ansars me les faisaient, car elles étaient des amies… Un jour en transportant des récoltes, je rencontrai le Messager accompagné de plusieurs de ses amis, il m’appela fit s’agenouiller son cheval, et me fit monter en croupe derrière lui. Elle expliqua cela ensuite à son mari : 'J’ai eu honte car je sais comme tu es jaloux', ce à quoi Zubayr répondit : 'Par Dieu, il m’est moins pénible de te savoir en croupe derrière lui, que de te voir porter cette charge sur la tête'. Asma expliqua que cela dura jusqu’à ce qu’abu Baqr lui offre un cheval." Muslim rapporte cela avec ce même titre. Ce récit transmis par Asma et retenu avec ce titre par Muslim témoigne que la question de la mixité n'était pas instituée à leur époque, en sorte que ce récit était cité comme une autorisation pour les femmes fatiguées à monter en croupe derrière un homme. 

B-3.5. Une femme et un homme peuvent discuter de sexualité s'ils sont raisonnables :

Aicha rapporte : Fatima bint abu Hubaïche avait des écoulements vaginaux récurrents et elle demanda au Messager à ce sujet pour l'exécution de la prière nécessitant la purification. Le Messager répondit : "Ce sang vient d'une veine abimée, ce ne sont pas des règles. Lorsque ta période de menstrues débute cesse les prières, et reprend lorsque la période s'achève."  (Muslim)

B-3.6. Le Prophète est dissimulé du regard d'une femme par sa fille tenant un habit à son arrivée :

Um Hani, la fille d'abu Talib a dit : «Je suis allé voir le Prophète l'année de la conquête de la Mecque et le trouvai prenant un bain, tandis que sa fille Fatima le cachait avec un habit. Je l'ai salué. Il demanda : «Qui est-elle ? Je lui répondis : «Je suis Um Hani bint abu Talib. Il dit : «Bienvenue, ô Um Hani. Quand il eut fini son bain, il se leva et pria huit Rak'at, dans un seul habit enroulé autour de son corps, puis quand il eut terminé je dis : «O Apôtre ! Mon frère m'a dit qu'il compte mettre à mort une personne à laquelle j'ai accordée une protection, cette personne est le fils de Hubaira. Le Prophète a dit : «Nous protégerons votre protégé. "Um Ham a ajouté : « Cela se passait avant le temps de midi (Duha). ". (Muslim)

- Soulignons que cela se déroule après les versets sur la vestimentation après la conquête de la Mecque. Autrement dit, la nudité était permise au sein famillial jusqu'à la fin de la vie du Prophète. Il était néanmoins exigé pour les plus jeunes de toquer avant d'entrer, sans doute pour éviter une scène érotique. Une femme peut allaiter en présence des hommes de sa famille. Probablement également devant des étangers car cela constitue une nécessité, de même que l'Imam Malik permettait de laisser leurs bras visibles du fait que ceux-ci leurs servaient tantôts à laver le linge. Ainsi, comme nous l'avons déjà vu dans les articles précédants, laisser un des seins apparent était concrètement souvent considéré comme une partie des charmes que le Coran autorisait à laisser apparent. L'usage encore assez courant des bédouines à laisser un sein apparent en rabattant leur couverture sur leur poitrine comme exigé dans le Coran permet de penser que le sens initial du verset visait précisément ce type de vestimentation pour les femmes. La couverture des cheveux n'étant pas visée par ce verset. 


B-3.7. Les femmes peuvent prier à l'avant des mosquée :

Une femme priait derrière le messager, c'était une très belle femme. ibn Abbas a dit :  “Par Dieu ! Je n'ai jamais vu une femme semblable ! Certains hommes s'étaient mis au premier rang pour ne pas la voir tandis que d'autres tardaient à venir pour être dans les derniers rangs, et lorsqu'ils s'inclinaient, ils regardaient en dessous de leur bras (et ils écartaient leurs bras). C'est alors que Dieu révéla : 'Et Nous connaissons certes ceux qui parmi vous ont avancé, et Nous connaissons ceux qui tardent encore' : (15.25).” Tabari rapporte cela ainsi que des ouvrages de hadiths, Dhahabi et Hakim ont identifié ce récit comme fiable.

Sur cet incident, le Prophète est rapporté avoir dit : "La plus mauvaise place pour les femmes est à l'avant des mosquées, la meilleure place pour les femmes est à l'arrière. La plus mauvaise place pour les hommes est à l'arrière, la meilleur place pour les hommes est à l'avant."

Cela ne signifiant pas une règle stricte ou absolue, mais une remarque suite à l'incident cité plus haut. D'ailleurs, tout comme cela continue à être pratiqué encore actuellement dans la Grande Mosquée de Médine, les femmes prient par groupes au milieux des hommes. Cela est et a toujours été toléré dans la pratique, quoi que les ouvrages de jurisprudence aient veillé à entériner une prohibition stricte aux femmes de prier devant des hommes, à défaut de parvenir à leur interdire tout bonnement la fréquentation des mosquées et prévoir des compartiments séparés dans les mosquées postérieures.

On rapporte ainsi qu'Aïcha s'est irritée envers abu Hurayrah affirmant que le passage d'une femme, d'un âne ou d'un chien noir devant un homme interrompait sa prière en disant : "Vous avez assimilé les femmes aux ânes et aux chiens ! Le Messager priait dans notre chambre exiguë du côté de mes pieds en direction de mes jambes et les touchait juste pour que je les replie lorsqu'il se prosternait."

B-4. Une femme peut soigner un homme et aussi l'inverse :

Anas ibn Malik rapporte : " Lorsque le Prophète partait pour une conquête, il prenait avec lui Um Sulaym et quelques femmes des Ansar. Celles-ci apportaient à boire aux blessés et leur donnaient des soins médicaux " (Muslim) Muslim a traité de ce sujet sous le même titre. De même qu'al-Bukhari. Chose impossible à distance sans mixité.


B-5. Une femme peut voyager sur une distance de trois nuits sans accompagnateur mâle :

Muslim rapporte selon Abdullah ibn Umar, que le Prophète a dit : " Il ne sied pas pour une femme de voyager sans accompagnateur mâle sur une distance de plus de trois nuits ". Reste que voyager seule était autrefois autrement plus risqué que de nos jours dans beaucoup de régions. 

B-6. Une femme peut proposer le mariage à un homme :

Umar a ainsi proposé Hafsa en mariage respectivement à abu Bakr et Uthman, cela ne constituait pas une honte. Pareillement, il était courant qu'une femme propose le mariage à un homme. 

B-7 . Il est interdit de marier une femme contre sa volonté :

I. Droit de reffuser un candidat :

Le Prophète dit : " Une vierge (bakr signifiant, sans gain, inapte à se reproduire) ne peut être mariée sans son consentement, et son consentement est son silence. Quant à une femme mature (thayyib signifiant prête à se reproduire) elle est plus en droit que son tuteur sur elle-même ".


II. Le Prophète casse un mariage forcé :

ibn Hajar rapporte : " Une jeune fille fut contrainte par son père à épouser un cousin fortuné plutôt que son amoureux, et elle vint se plaindre chez le Prophète qui l'autorisa à épouser la personne de son choix ".

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