samedi 28 septembre 2013

III. Habit et Code Vestimentaire dans le Paleo-Islam




A. La Vestimentation dans le Paleo-Islam :


Nous tenons depuis Tabari au moins que les recommandations vestimentaires du Coran visaient à différencier les femmes libres des esclaves par leurs tenues. A cette époque, la notion de code vestimentaire fondée sur la pudeur était étrangère aux Arabes. Il était courant de trouver des femmes entièrement nues faisant des circumambulations autours de la Ka'ba. En lisant et interpétant les termes coraniques comme le حجاب [hiʤæːb], le جلباب [ʤiˈlbæːb] et le خمار [ximār] sous cette optique, dans ce contexte socio-antropologique nous acquiérons une approche saine plus pertinente et vérifiable du sujet point de vue historico-critique. Néanmoins, de nombreuses valeurs culturelles et morales ont été instituées dans le monde musulman après l'époque du prophète Muhammad.



La présentations des femmes esclaves entièrement dénudées dans les marchés de l'Arabie préislamique, et leur prostitution forcée sous des tentes en laine de chameaux avec des clients mâles provenant de toutes part rappelle ce que le Coran visait en recommandant aux dames de prendre leurs draps en sortant en sorte de se différencier des esclaves : qu'elles ne sortent plus entièrement nues comme les esclaves.


A-I. Vêtissez vos esclaves de ce dont vous vous vêtissez :

Le commandement rapporté dans certains hadiths disant : "vêtissez vos esclaves de ce dont vous vous vêtissez" rappelle que ceux-ci n'étaient pas auparavant considérés comme des humains à part entière et n'étaient pas dotés d'habits, et étaient en outre contraints de manger des restes de leurs maîtres. Les habits en soie et les longues traînes étaient un signe ostentatoire démontrant la richesse des plus fortunés d'entre les Arabes. Le besoin du port des habits chez les Arabes n'avait pas encore de connotation de pudeur, mais une connotation liée à la classe sociale des individus.


A-II. Si tu lui donne ta pagne il ne te restera rien, et si tu le porte elle n'en aura rien :

Dans de nombreux hadiths, nous lisons la description de personnes dépourvues de tout habit ou possédant un seul habit couvrant seulement le bas du corps. A ce sujet, un hadith rapporté par al-Bukhari cite semble-t-il le cas d'une femme se présentant à la mosquée de Yathrib entièrement nue avant toute institution vestimentaire, et dont l'appréhension aurait évolué au fil des siècles et de l'évolution des moeurs à mesure de l'éloignement de l'époque du prophète Muhammad. Il ne sied pas de s'étonner de cela, car le verset coranique autorisant aux femmes de se proposer comme épouses au Prophète est le verset 50 de la sourate al-Ahzab. Or le verset recommandant aux épouses du Prophète d'accueillir les hommes venant poser des questions de derrière les rideaux de leurs chambres viendra trois versets plus loin dans la même sourate. Quant à l'homme demandant d'épouser cette dame après le refus du Prophète, il ne possédait qu'une pagne pour se couvrir uniquement le bas du corps. Ainsi, le Prophète fit la remarque si ce dernier n'offrait pas sa pagne à la femme celle-ci n'en aurait rien, et que si il la lui donnait ce serait lui-même qui en serait privé. En effet, les transmetteurs précisent que cet homme ne possédait qu'une pagne pour se couvrir le bas du corps et que le Prophète a observé la dame de haut en bas et baissé les yeux en signe de refus. Nous comprenons par ce récit que la femme comme l'homme étaient démunis. Nous allons voir dans le hadith rapporté selon Aicha un peu plus loin, qu'après le verset du ximār les femmes de Yathrib ont découpé leurs pagnes pour se couvrir le haut du corps. Autrement dit, il était avant ces versets anodin pour les femmes de sortir nues et les seins apparents. Et le verset visait bien cela.



Dans le paleo-islam la question du code vestimentaire faisait que les femmes sortaient en public les seins apparents, comme sur la photo ci-dessus, et même entièrement nues comme cela se constate dans toutes les sociétés précaires et pauvres. Le Coran recommandant donc de se munir de draps en sortant de nuit en sorte de se différencier des esclaves et plus tard de rabattre leurs couvertures sur leurs poitrines. L'évolution des moeurs et usages postérieure chez les générations ultérieures a conduit à une compréhension erronée des hadiths et récits transmis par les premières générations par anachronisme. 


A-III. Les femmes d'avant l'islam ne se couvraient pas la poitrine, le verset commandait cela :


Récit selon ibn Kathir :
« Qu'elles rabattent leurs couvertures sur leurs poitrines » (...) La couverture devait être désormais rabattue sur la poitrine à contrario de l'usage des femmes du temps de l'ignorance. Les femmes du temps de l'ignorance ne faisaient pas ainsi. Au contraire, la femme sortait au milieu des mâles les seins nus sans les couvrir de quoi que ce soit. Parfois elles exhibaient leurs cous, leurs tresses et leurs boucles d'oreilles. Allah a recommandé aux croyantes de se dissimuler tant par leur vestimentation que par leurs activités. (...) Said ibn Jubayr, explique cette partie du verset ainsi : Qu'elles rabattent leurs couvertures sur leurs poitrines en sorte que rien n'en reste visible. al-Bukhari rapporte : Ahmad ibn Chabib rapporte.. Aicha a dit : Lorsque le verset « Qu'elles rabattent leurs couvertures sur leurs poitrines »  a été révélé, les femmes de Yathrib ont découpé leurs pagnes pour s'en couvrir, ibn abu Khatim a dit : Mon père m'a rapporté... Safiyyah bint Chaïba a raconté ceci : Nous étions en présence d'Aicha, et discutions au sujet de la supériorité des femmes de Qoraïche. Aicha a dit : Certes les femmes de Qoraïche ont leurs supériorités, or Dieu m'est témoin que dans la reconnaissance du Livre de Dieu je n'ai pas trouvé de femme supérieure aux femmes des AnsarLorsque le verset de la sourate Nur disant « Qu'elles rabattent leurs couvertures sur leurs poitrines » a été révélé, les mâles sont rentrés chez eux leur transmettre ce qui a été révélé par Dieu.. Chacun a récité ce verset à son épouse, à sa fille et ses cousines. Toutes sans exception se sont mises à prendre leurs habits avec des motifs et des dessins pour s'en couvrir intégralement en signe de soumission au verset de Dieu et pour s'y appliquer. Le lendemain matin, elles se sont présentées derrière le Prophète étant complètement voilées. Au point qu'on aurait dit que des corbeaux s'étaient posés sur elles. Ce hadith est également transmis par une autre voire par abu Dawud, par la voie de Safiyyah bint Chaïbah...

 (ibn Kathir, Exégèse du Coran) 


A-IV. Que celle qui n'a pas de jilbāb en demande à son amie :

On rapporte d'Aicha que lorsque le Coran recommanda aux femmes sortant dénudées de nuit pour faire leurs besoins de prendre sur elles de leurs draps, étant donné qu'ils dormaient nus et ne disposaient pas de toilettes dans leurs demeures, on vint s'enquérir chez le Prophète au sujet de femmes n'ayant pas de draps pour se couvrir. Celui-ci aurait alors dit que celles qui ne disposent pas de draps devraient en demander à leurs amies. Plus tard un second verset leur commandera de rabattre leurs couvertures sur leurs poitrines, ce qui démontre que ces recommandations visaient bien originellement une vestimentation minimale et non une vestimentation codifiée précise.



B. La Chronologie des versets liés au code vestimentaire :

B-I. Le verset du hijāb recommandant aux épouses du Prophète d'accueillir les hommes de derrière les rideaux séparant leurs chambres de la mosquée :

Le terme حجاب du verset du hijā[ħiˈdʒæːb] (Cor. 33:53) désignait, comme cela a déjà été souligné dans l'article précédant les tentures séparant les chambres des épouses du Prophète flanquées à la grande mosquée de Yathrib de l'enceinte de la moquée accessible au public. Malgré que le prophète n'a rien recommandé de tel, ses épouses avaient pris l'initiative de se couvrir intégralement en sortant en sorte de se voiler aux yeux des mâles y compris à l'extérieur. Le Prophète n'ayant ni exigé ni interdit cette pratique allait néanmoins interdire de se voiler le visage et les mains lors du pèlerinage. Et dit-on lorsqu'un jour Umar ibn al-Khattab s'écria en reconnaissant Sawda dans ses draps un soir qu'elle sortit faire ses besoins, le prophète allait leur dire : "Dieu vous autorise à sortir pour vos besoins". Leur autorisant donc de sortir quand cela est nécessaire sans autre précision vestimentaire spécifique.

Parfois, on prétend que Muhammad aurait exigé de ses épouses de se voiler même devant  ibn umm Maktum qui était pourtant aveugle en les voyant se dénuder en sa présence, en argumentant "il est aveugle" en leur répliquant  "si lui est aveugle l'êtes-vous vous aussi ?" pour soutenir par là que le voile intégral serait commandé par celui-ci. Or, il est connu que seulement une poignée des malvoyants est complètement aveugle, et il faut souligner qu'il est évident que les épouses devaient se dénuder dans leurs domiciles en partie voire entièrement pour par exemple se laver. Car leurs chambres étaient fort exiguës, et la chaleur devait les amener à régulièrement se dénuder spontanément en présence d'ibn umm Maktum. Tandis que l'évolution des moeurs et le changement des usages chez les générations postérieures les conduisait à comprendre de ces temres "se dénuder" : l'idée qu'elles dévoilaient leurs cheveux voire leurs visages. Il est évident qu'il s'agissait de se dénuder davantage. Il aurait été complètement inutile de se voiler devant une personne entièrement aveugle.


B-II. Le verset du jilbāb et la recommandation de ne plus sortir nues à la manière des esclaves :

Originellement, le verset du jilbāb (Cor. 33:59) visait à éviter aux musulmanes d'être agressées en sortant de nuit pour faire leurs besoins par les hypocrites prétextant qu'ils les ont pris pour des esclaves. Or la partie du corps devant être couvert par le drap (جلباب)  n'était pas spécifiée. Mais l'évolution des usages a conduit avec le temps à également interpéter ce verset comme commandant le voile intégral ou la couverture des cheveux. Pourtant le verset du khimār allait encore plus tard recommander aux coryantes de "rabattre leurs couvertures sur leurs poitrines", montrant que cette interpétation est très clairement erronée et anachronique. De fait, si le verset du jilbāb visait un voile intégral, il aurait été totalement inutile de leur commander encore plus tard de rabattre leurs couvertures sur leurs poitrines, de même que pour le verset du jilbāb qui  ne visait nullement une tenue vestimentaire mais concernait les rideaux des chambres des épouses du Prophète. Et la tradition rapporte que ce verset visait bien les femmes qui selon les usages sortaient après ces deux versets les seins découverts. Par ailleurs, beaucoup d'entre elles n'avaient pas assez de draps pour se couvrir intégralement.


B-III. Le verset du khimār recommandant de rabattre leurs couvertures sur leurs poitrines :

Le terme khimār, comme cela a déjà été étudié dans le billet précédant désignait simplement une couverture au verset (Cor. 24:31), et il était question de rabattre une couverture sur la poitrine, sans viser le corps en entier ou les cheveux, et les termes "sauf ce qui demeure apparent" prouvent cela très clairement. Tout comme le mot désigne un couvre-chef si la couverture se pose sur la tête : la racine x-m-r signifiant l'idée de couvrir, cacher, l'endroit que le verset recommande ici de couvrir est bien explicitement la poitrine, plus précisément le milieu du torse جيب [ʤayb]. Le mot ʤayb  signifiant de par sa racine l'idée de "ce qui sépare deux choses", "ce qui ouvre l'interstice". Ce qui est désigné ici est bien l'enfoncement entre les deux seins au milieu de la poitrine. Le mot ʤayb est de la même racine que les termes ʤawb et ʤiyb désignant "réponse" ou "puits". جوب signifie l'idée d'ouvrir ce qui est obscur, et جبب le puits ouvert pour accéder à l'eau. Quant au terme ضرب [dˁarb] rendu par "rabattre" il signale l'idée de serrer deux choses l'une contre l'autre.

al-Bukhari rapporte, par la voie d'Ahmed ibn Chabib, d'Aicha aurait dit : « Lorsque le verset disant "qu'elles rabattent leurs voiles sur leurs poitrines" a été révélé, les femmes de Yathrib ont découpé leurs pagnes pour se couvrir avec ». ibn Kathr rapporte à ce sujet dans son ouvrage d'exégèse, "avant ce verset, les femmes sortaient devant les hommes les seins nus, sans les couvrir en aucune manière". Autrement dit, lorsque le verset du khimār a été édicté, les dames de Yathrib ont découpé leurs pagnes qui leur permettait de se couvrir le bas du corps (le terme izār rendu ici par pagne servant à couvrir le bas du corps), ne disposant pas de draps pour appliquer la recommandation du verset, au point qu'Aicha vantera celles-ci pour s'en être couvertes intégralement par piété après que leurs époux leur aient transmis tel quel ce verset. Certains savants soutiennent que le khimār serait un couvre-chef déjà utilisé avant l'islam et que le verset commanderait en fait simplement de les rabattre sur la pointrine", or cette interprétation est anachronique et sans fondmement comme cela ressort nettement de ce témoignage d'Aicha. Le fait qu'il soit fait mention ici de découper leurs pagnes pour s'en couvrir intégralement après ce verset montre clairement qu'elles ne disposaient pas de larges voiles couvrant leurs têtes comme prétendu de la sorte en sorte de les rabattre simplement sur la poitrine et devaient même découper de leurs pagnes pour se couvrir le haut du corps. L'évolution des usages ayant conduit à attribuer un sens particulier au khimār postérieurement au Prophète les conduisant à mal comprendre ce verset par tautologie, sans aucun élément argumentatoire vérifiable.


 


Rabatte leurs couverture sur leurs poitrine "hormis ce qui demeure apparent (de leurs charmes)" ayant été appliqué par piété par les dames de Yathrib par le voile intégral ignorant ce qu'il est permis de laisser découvert, a été appliqué par d'autres croyantes de façon fluctuante selon les époques, les lieux et les interprétations : laissant nus tantôt les bras, les jambes, ou un seul sein. A l'époque d'Umar ibn al-Khattab, l'usage des dames de Yathrib sera standardisé comme l'exemple à suivre sans que cela ne soit admis ni appliqué par toutes. Spécialement dans les milieux campagnads. 


B-IV. La prise de l'exemple des femmes de Yathrib comme référence :

Les femmes de Yathrib ignorant ce qu'il était permis de laisser apparent s'étant couvertes intégralement à la suite du verset du khimār par les termes "sauf ce qui demeure apparent", et la parole d'Aicha les vantant pour cela spécifiquement montre implicitement que les autres croyantes ne l'avaient pas appliqué ainsi. Du temps d'Umar ibn al-Khattab, étant donné qu'il n'y avait pas une seule façon de se vêtir, un débat sur "la façon correcte de se vêtir" fut lancé, et cela prouve qu'il n'y avait pas un consensus quant au sens de ce passage du Coran jusqu'alors. Or, certains compagnons comme ibn Mas'ud et ibn Abbas, ont soutenu la pratique des ces dames de Yathrib comme une règle impérative. Cela témoigne en réalité de ce que toutes les femmes ne se couvraient pas de la même manière du vivant de Muammad. Ainsi, même en ville, Sukaïna bint al-Hassan, et encore d'autres grandes dames refusaient de se couvrir les cheveux, et cela prouve qu'il n'y avait pas une seule interprétation de ces versets dans l'islam primitif.

Ainsi nous parvenons à une meilleure appréhension de ces versets lorsque nous savons que les femmes esclaves étaient entièrement nues et forcées à la prostitution dans les temps préislamiques en Arabie. De par ce que les esclaves se promenaient nues à l'époque nous comprenons que l'incitation a se différencier de celles-ci des dames libres visait initialement bien le fait de ne plus sortir entièrement nues et les termes "qu'elles prennent sur elles de leurs draps" marque cette nuance de façon évidente.


يُدْنِينَ عَلَيْهِنَّ مِن جَلَابِيبِهِنَّ ذَلِكَ أَدْنَى أَن يُعْرَفْنَ فَلَا يُؤْذَيْ
(Cor. 33:59)
Qu'elles prennent sur elles de leurs draps, cela est plus proche à les différencier en sorte de ne pas être dérangées.


Aicha, comme Maymunah, rapportant qu'elles se "bouchaient le lieu d'où jaillit le sang lors des règles", témoigne que celles-ci se couchaient bien complètement nues en temps normal. En citant trois périodes de la journée où se dénuder, le Coran renforce encore cela explicitment. Les femmes qui dormaient donc entièrement nues selon les usages, et qui sortaient faire leurs besoins dehors nues à la manière des esclaves étaient recommandées à prendre de leurs draps en sortant de manière à éviter les agressions des hypocrites. De même, le jour de la conquête de la Mecque, selon ce qui est rapporté par al-Bukhari, à la visite d'Umm Hani chez le prophète Muhammad cette cousine du prophète trouva celui-ci faisant son bain, tandis qu'à son arrivée sa fille Fatimah se leva le cacher à sa vue par un habit, ce qui serait inutile si Fatimah était seule avec son père dans la pièce. Le Coran commandant pour cette raison aux plus jeunes de toquer avant d'entrer, visant à éviter en fait de trouver leurs parents en train de copuler. Mais non pas pour une question de nudité au sein famillial. Cela aussi témoigne de l'ampleur des changements des moeurs vestimentaires depuis cette époque.


B-V. Notion de code vestimentaire et hadith dit d'Asma :

Dans un hadith faible, il est affirmé que Muhammed vit Asma habillée d'un vêtement translucide et qu'il lui aurait recommandé de ne laisser apparent que le visage et les mains. Comme ce hadith est faible, celui-ci n'a aucune valeur du point de vue critique historique. L'usage de se couvrir les cheveux ou de se couvrir intégralement vient donc de l'usage des femmes de Yathrib ignorant ce qu'il était permis de laisser découvert selon le verset disant "de n'exhiber de leurs charmes que ce qui demeure apparent".  C'est pourquoi Aicha les vanta pour cette pratique. A ce moment là, l'islam s'étendait pourtant de Yathrib au Yémen. Les débats sur ce qui devait être couvert après le décès du Prophète témoignant de ce qu'il n'y avait pas une interprétation standard de son vivant.


B-VI.  L'obligation de prier avec un khimār, et l'approche des gens de Médine selon Malik ibn Anas :

حَدَّثَنَا هَنَّادٌ، حَدَّثَنَا قَبِيصَةُ، عَنْ حَمَّادِ بْنِ سَلَمَةَ، عَنْ قَتَادَةَ، عَنِ ابْنِ سِيرِينَ، عَنْ صَفِيَّةَ ابْنَةِ الْحَارِثِ، عَنْ عَائِشَةَ، قَالَتْ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم"لاَ تُقْبَلُ صَلاَةُ الْحَائِضِ إِلاَّ بِخِمَارٍ" ‏.‏ قَالَ وَفِي الْبَابِ عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ عَمْرٍو ‏.‏ وَقَوْلُهُ ‏"‏ الْحَائِضُ ‏"‏ ‏.‏ يَعْنِي الْمَرْأَةَ الْبَالِغَ يَعْنِي إِذَا حَاضَتْ ‏.‏ قَالَ أَبُو عِيسَى حَدِيثُ عَائِشَةَ حَدِيثٌ حَسَنٌ ‏.‏ وَالْعَمَلُ عَلَيْهِ عِنْدَ أَهْلِ الْعِلْمِ أَنَّ الْمَرْأَةَ إِذَا أَدْرَكَتْ فَصَلَّتْ وَشَيْءٌ مِنْ شَعْرِهَا مَكْشُوفٌ لاَ تَجُوزُ صَلاَتُهَا ‏.‏ وَهُوَ قَوْلُ الشَّافِعِيِّ قَالَ لاَ تَجُوزُ صَلاَةُ الْمَرْأَةِ وَشَيْءٌ مِنْ جَسَدِهَا مَكْشُوفٌ ‏.‏ قَالَ الشَّافِعِيُّ وَقَدْ قِيلَ إِنْ كَانَ ظَهْرُ قَدَمَيْهَا مَكْشُوفًا فَصَلاَتُهَا جَائِزَةٌ


Il est bien connu que l'Imam Malik se fondait sur la pratique des gens de Médine pour sa jurisprudence, or le hadith Sahih mentionné ci-dessus exige à la femme de se munir de son khimār pendant la Salat. Or, l'Imam Malik ne considère pas que la femme doive couvrir tout son corps lors de la prière, ce qui montre que le sens du mot khimār a bien subi une dérive sémantique depuis son époque. Voici une synthèse de la notion de awra que le khimār doit cacher lors de la prière selon l'Imam Malik :

" Pour la femme libre :
La nudité (ʔAwra) Muɣallaza (essentielle) : c'est tout son corps sauf ses membres, sa poitrine, le haut du dos et ce qui au dessus.
La nudité Muxaffafa (légére) pour elle (dans la prière) est constituée de sa poitrine, le haut du dos, les bras et avants bras,le cou, la tête et du genoux jusqu'aux pieds.
Le visage et les mains ne sont pas du tout une nudité pour la femme.
Celui ou celle qui prie (sans l'oubli ou l'impossibilité) sans couvrir une partie ou la totalité de sa nudité essentielle (Muɣallaza) : sa prière est invalide et il faut qu'il la refasse (rattrape) obligatoirement même si son temps est fini.
Pour celui ou celle qui prie sans couvrir sa nudité légère (Muxaffafa) sa prière reste valide mais il lui est préférable de refaire sa prière dans le temps de celle-ci (en se couvrant correctement).   

Exception :
Pour la femme si elle découvre le dessous des pieds (la plante des pieds) elle ne refait pas sa prière même dans le temps.
Si l'homme prie en ne couvrant pas ses cuisses ou son bas du ventre (au dessus du pubis) ou le bas du dos (au dessus des fesses) : sa prière reste valide et il ne la refera même pas dans le temps imparti pour cette prière." (Fin de citation, voir Kitāb al-Fiqh ʔalā al-maðāhib al-ʔˤrbaa tome I page : 172 et voir les vers d'ibn 'Âshir à ce sujet.)

* Cette approche est très importante, car il s'agit d'une démonstration indirecte du sens primitif du terme khimār. La pratique du temps du Messager sur base du verset du khimār justifiait de se couvrir complètement, tandis que le sens primitif original du terme khimār justifiait cette lattitude en privé pendant la prière.



C. Synthèse et conclusions :


Tous le fait que tous les hadiths présentés comme imposant la couverture des cheveux consistant : en la pratique des épouses du Prophète d'après le verset du hijāb [ʤiˈlbæːb] ou en l'usage des dames de Yathrib et l'absence catégorique d'instruction extra-coranique du Prophète, constitue un élément charnière sur ce sujet. Sur ce point, nous pouvons aisément conclure que les termes coraniques جلباب, حجاب et خمار ont été historiquement interprétés suivant l'usage des dames de Yathrib, tandis que dans le paleo-islam et du vivant du Prophète la situation était toute différente.

  1. Premièrement, lors des noces de Muhammad avec Zaïnab, les jeunes invités trainant dans la loge de la nouvelle épouse ayant gêné le prophète a conduit à édicter aux épouses de n'accueillir les visiteurs qu'au chevet de leurs portes derrière le rideau faisant office de porte entre leurs chambres et la mosquée. 
  2. Suite à la recommandation aux épouses de demeurer liées à leurs demeures et de ne plus s'exhiber à la  manière préislamique, les épouses ont pris l'initiative en sortant de se voiler intégralement sans aucune instruction émanant du Prophète.
  3. La sortie dans cet accoutrement de Sawdah et l'interpellation d'Umar disant "je t'ai reconnue" ont été suivis de l'autorisation des épouses à sortir pour leurs nécessités sans exiger de règle vestimentaire particulière. 
  4. Les autres croyantes sortant de leurs demeures nues et étant agressées par des hypocrites cela a été suvi par la recommandation de prendre sur elles de leurs draps en sortant afin de n'être pas confondues avec les esclaves. Et de par la pauvreté de beaucoup d'entre-elles, celles-ci se partagèrent de leurs draps, laissant néanmoins toujours leurs seins découverts. 
  5. Plus tard, comme les femmes sortaient en couvrant le bas du corps mais avec les seins découverts en conformité avec l'usage de l'époque chez-elles, le verset disant "qu'elles n'exposent de leurs charmes que ce qui demeure apparent" fut édicté, pour les inciter à rabattre leurs couvertures sur leurs poitrines.
  6. Comme la partie pouvant rester visible selon ce dernier verset concerné n'était pas codifiée strictement, les femmes de Yathrib prirent l'initiative de se couvrir intégralement en sorte qu'Aicha vantera cette initiative. 
  7. Comme l'usage en dehors de Yathrib était fluctuant en conformité au Coran, après le Prophète, des compagnons tels qu'ibn Mas'ud, ibn Abbas et certains autres ont tenter d'imposer la pratique des femmes de Yathrib comme la règle à suivre. 


Il est acquis que les femmes ne se couvraient pas avant cela d'une façon uniforme dans l'islam prmitif. Les débats à se sujet de compagnons tels qu'ibn Abbas ou ibn Mes'ud prouveent cela. L'application des dames de Yathrib a voulu être instituée comme l'exemple à suivre de par ce qu'il a été reconnu par le Prohète qui ne s'y est pas opposé. De par l'existence de récits évoquant des dames au visage ou aux mains découverts et sur base du hadith faible d'Asmaa, certains savants ont autorisé de ne pas cacher les mains et les visages. L'Imam Malik autorisant par ailleurs aux femmes de montrer leurs bras étant donné que cela est une nécessité lorsqu'elles sont conduites à laver du linge dehors, et abu Hanifah a atorisé de ne pas couvrir leurs pieds. Ailleurs un sein restait parfois découvert, sans doute de par l'idée de nécessité en cas d'allaitement.  Sukaïna petite fille du Prophète bouclant par ailleurs ses cheveux et une petite-fille d'abu Bakr du nom d'Aicha refusaient ainsi de cacher leurs cheveux. A l'époque d'Umar ibn al-Khattab, des dames lancèrent même une mode moulante et une mode mini-jupe avec un habit arrivant à mi cuisse soutenant que le Coran ne l'interdit pas, mais Umar y contrevint et interdit ces modes les qualifiant d'innovations. Le fait qu'il y ait de nombreuses divergences à ce sujet découle bien de ce que le verset ne codifie pas les parties à cacher et que le Prophète n'y a rien ajouté.



Plausiblement, certaines communautés comprenaient par la partie des charmes étant permis de laisser apparent en rabattant leur couverture sur la poitrine comme autorisant à laisser apparent un sein, étant donné la nécessité d'allaitement. La nécessité rendant un usage licite.



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